Vaudesincourt

 

 

 

 

 

 

(de vallis decem curtes).

 

avant 14-1794

(D’après le dictionnaire des communes de J. Chalette vers 1844)

 

 

Eglise que l’on croit du XVIè s. sous le vocable de St Remi et annexe d’Aubérive.

 

 

 

Moulin à eau à deux tournants.

 

 

 

1. Ce village, près de la rive gauche de la Suippe, à 112 m. d’élévation au dessus du niveau de la mer, est souvent baigné par les eaux du Gros -Mont (Mont sans Nom), qui y arrive entre deux terres et qui altèrent le sol grèveux sur lequel il est assis. Les puits creusés dans la craie et la grève à la profondeur de 4 à 6 mètres, fournissent une eau saine. Parmi les habitants, on compte 40 laboureurs, 2 tisseurs, 12 peigneurs à façons, etc… Les vaches ne quittent pas l’étable. On engraisse les veaux.

Le territoire allongé et montueux, surtout vers l’ouest, contient 1263 hectares, dont 1206 en terres labourables, 16 en près, 3 en bois, etc… On y trouve de la grève, du gravier, une carrière de craie et de la terre à bâtir. Les près artificiels sont stimulés avec de la cendre de Mailly.

Histoire : Entre Vaudesincourt et Dontrien, se voient une croix de St Marguerite et un puits qui marquent assure-t-on l’emplacement d’un ancien couvent (les gens se déplaçaient avec les enfants malades pour leur faire boire de l’eau qui était censée les guérir de la dysenterie). Vaudesincourt faisait partie du Comté de St Souplet; sa seigneurie appartenait à la collégiale de Saint Symphorien de Reims.

 

 

 

2. Dès le 2 Août 1914 la guerre est déclarée, le village se retrouve occupé, sans combat, le 2 Septembre de la même année et ce jusqu’au 5 Octobre 1918. En Septembre 1914, Nicolas Arnoult, première victime civile, est fusillé pour un motif futile puis enterré la tête en bas (cf : les cahiers de l’abbé Daisy). Une grande partie de la population décide d’émigrer vers Pars les Romigny dans l’Aube, Pocancy, Bussy-Lettrée ou dans l’Yonne. D’autres avec le maire Mr Félicien Buiron décident de rester mais sous les tirs de l’artillerie française se réfugient dans l’église encore épargnée. A la Toussaint les civils restants sont évacués sur Rethel(Cayenne) puis en Décembre 1914 ils prennent la direction de St Marcel près de Charleville où pendant 4 ans ils vont exploiter le bois. Ils n’ont pas grand-chose à manger (fèves à chevaux ou ils déterrent les pommes de terre plantées la veille).Certains y laisseront leur vie. C’est aussi le décès de Perot Adrien 7 Janvier 1915 près de Ste Menehould. Puis le 9 Mai 1915, Thiébault Pol décède suite de ses blessures à « Berthonval » près de Ascq dans le Pas de Calais. C’est le tour de Thiébault Georges de disparaître le 29 Février 1916 aux Eparges dans la Meuse. Puis le 8 Septembre 1916 disparait Baudry Emile devant Vermandonvillers dans la Somme. Le 19 Septembre 1916 blessé au Ravin de Narrières proche de Bouchavesnes-Bergen décède Arnoult Paul à l’hôpital de Cerisy-Gailly. Après une maladie contractée en service Buiron Fernand décède le 29 Novembre 1918 à Iseghem en Belgique. Ils ont leur nom sur le monument aux morts.

 

 

 

3. Lors de l’attaque du 25 Septembre 1915, Vaudesincourt se retrouve sous le feu des français, il est pratiquement détruit en totalité .Il est en deuxième ligne derrière Aubérive occupé par les Allemands. C’est la guerre d’attente et de tranchées. Suite à l’offensive d’Avril 1917 la ligne de front se rapproche, Aubérive et la partie ouest du territoire (Mont sans Nom) sont libérés. En 1918, pour contrer l’attaque allemande (la Bataille pour la paix ou le Friedensturm), les troupes françaises se regroupent de façon stratégique sur les anciennes positions (Coup de main du Mont sans Nom).

 

 

 

4. La commune suite à sa destruction complète se voit décorée de la croix de guerre. Les gens reviennent à partir de 1920 et logent dans les baraques provisoires. Le tracé du village et la reconstruction se dessinent. Quelques noms d’architectes : Gallot d’Epernay et Montandon (mairie et église) participent à l’élaboration des nouveaux chantiers de construction. Des entreprises : Isella-Tosca-Laudy-Paravina-les frères Desmoulin assument plus ou moins bien le réaménagement des maisons de la commune, après le versement des dommages de guerre. Ainsi la Mairie-Ecole voit le jour en 1925 pour le mariage de Mr Hénin avec Blanche Etienne. L’électricité arrive en 1926. L’église sera reconstruite en 1928 pour le mariage de Marie-Louise Tandart avec Mr Soudant de St Souplet.

 

 

 

5. Après ce lourd conflit il reste encore quelques sites visibles :

-L’hôpital allemand sur le CD n°21 entre Vaudesincourt et Dontrien

-Le Mont sans Nom qui se dresse à 4 km ouest de Vaudesincourt

-Dans le village, les vestiges de l’ancienne Eglise et de son cimetière.

 

La Vierge de Vaudesincourt

 

 

 

Le chaos de la Grande Guerre durant plus de quatre années a effacé beaucoup de traces de nos villages de Champagne et a provoqué par ailleurs la destruction complète de Vaudesincourt, mais à force de rechercher on retrouve quelques bribes du passé :

 

Quelques lignes dans un livre : « Dans l’église deux anciennes statues ont été conservées, l’une de St Rémi (St Patron de Vaudesincourt) et l’autre de la Sainte Vierge debout tenant l’enfant Jésus du XVIième siècle… statue enlevée à tort et placée dans un nouveau cimetière en 1890 (l’actuel). »

 

Une photo découverte à l’Hôtel le Vergeur.

Une carte postale de l’ancienne église de Vaudesincourt datée de 1912 (col. WILMET de RETHEL) avec la mention suivante : « Une statue de la Vierge en bois vendue 18.000FRS mais qu’il fallut rendre à la séparation de l’église et de l’état car elle était classée monument historique. »

Un courrier de WIESBADEN le 7 Mai 1921 du directeur des services de restitutions à M. Le Maire de Vaudesincourt dans lequel la réponse allemande est : « l’église était sous le feu de l’artillerie jusque Juillet 1916… Il est probable que la statue a également été anéantie. »

L’histoire s’arrête là, mais lors d’un grand nettoyage de l’église dans les années 1990-92, Madeleine (Buiron épouse Chocardelle Gabriel) évoque des vieilles pierres sous l’escalier menant au clocher ; Oh ! Surprise ce ne sont pas des pierres mais des statues pleines de terre et cassées. En nettoyant délicatement sur l’une d’elles apparait des traces de peinture polychrome sur un drapé d’une élégance particulière. Pas de doute, vérification faite avec la photo de l’Hôtel le Vergeur (Guillaume le Vergeur écuyer élu a une élection de Reims le 12/06/1527 était seigneur de Vaudesincourt), c’est la statue !!!

 

Aussi voilà, notre statue si élégante soit-elle, n’a plus d’âme : les sévices de la guerre ont fait leur œuvre et des éclats d’obus ont décapité Marie et son Fils.

 

Plusieurs démarches sont faites pour réparer ces sévices guerriers mais chaque fois le problème financier surgit et bloque la restauration.

 

vierge restauréeUn jour de Décembre 1995 Laurence, native de Vaudesincourt, et Jean-Pascal, des parents comblés, décident de s’investir sans état d’âme : « on essaie, on verra bien », dans cette mission de restauration. Ils ne sont pas de la région proche, du coup voilà notre statue partie pour un nouveau périple et beaucoup d’espoirs. Les études et les recherches de documents sur l’art gothique pour parfaire leurs connaissances sur le style, les vêtements, les amènent à découvrir d’ailleurs un nombre impressionnant de statues de la Vierge dont : « La Vierge et l’Enfant tenant une colombe ».

 

Ils effectuent différents stage ou séminaires pour étudier la poterie, les moulages, les mélanges de poussières de pierres pour les teintes ; l’œuvre est de longue haleine mais qu’elle ne fut pas la surprise des Couriats (sobriquet champenois du courlis désignant les gens de Vaudesincourt) quand en Février 1997 ils étaient conviés à une petite réunion pour pouvoir admirer la Vierge de Vaudesincourt et féliciter les généreux restaurateurs ; qu’ils en soient ici, encore, vivement remerciés.

 

Depuis Marie et son Fils ont pris place sur le maître autel de ce petit village et veillent sur ses paroissiens.

 

 

 

 

 

Résumé par Jean-Marc HAPILLON

 
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