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Rapport DARNAND

 

Coup de main du Mont Sans Nom

 

14 juillet 1918

 

 

 

 

(Commune de Vaudesincourt et Dontrien)

 

1. On retrouve le rapport établi par le sergent Darnand dans l’historique du 366e régiment d’infanterie (Amicale des anciens du 366e). Bibliothèque de documentation internationale contemporaine :

 

« Le 10 juillet, on commença à étudier un coup de main profond et en utilisant notamment les groupes de grenadiers d’élite du Bataillon qu’on devait reconstituer pour la circonstance. J’étais alors sergent à la 14e Compagnie ; ma section était en réserve sur la gauche (ouest) du Mont-sans-Nom, quand on vint me prévenir de me présenter à mon chef de Bataillon, au P.C. Ham. Je trouvai là le lieutenant Balestié, le sous-lieutenant Villet et l’adjudant Seray, de la 13e Compagnie ; les anciens chefs de groupe des grenadiers étaient présents également : 5e Bataillon : sergent Castel, 6e Bataillon : adjudant Dubien.

 

Je reprenais le commandement du groupe de mes grenadiers du 4e Bataillon. Le commandant Besnier nous annonça que nous devions exécuter une opération d’assez grande envergure, que le temps pressait un peu et que nous nous préparerions en ligne même. Il étala un plan directeur sur sa table et nous donna quelques explications (grandes lignes).

 

Les questions de détail furent réglées ensuite par le lieutenant Balestié et par les gradés des différents groupes. Tous les jours, nous nous réunîmes au P.C. de la 13e Compagnie qui était en ligne et qui occupait le secteur où devait se dérouler l’affaire. Ardemment, nous nous mîmes au travail ; nous commençâmes à étudier sérieusement le terrain, les cartes et photos. En première ligne, d’un petit observatoire blindé, nous pouvions mieux nous rendre compte. Le terrain se présentait ainsi : les tranchées allemandes (occupées) étaient distantes d’environ 300 à 350 mètres des nôtres ; entre les positions adverses, se trouvait une légère dépression et le terrain était rempli de vieux réseaux et d’anciennes tranchées françaises et allemandes. L’impression ne fut guère favorable, car l’ennemi occupait une crête et disposait de bons observatoires. De retour au P.C., le lieutenant Balestié nous mit au courant des moindres détails, que nous discutâmes ensemble. Chacun y mit tout son savoir et tout son cœur et les plus ardents répondirent aux objections des autres.

 

Mission. Elle fut toute simple et pourtant bien difficile. Ramener des prisonniers coûte que coûte, rapporter des renseignements sur l’attaque et détruire du matériel.

 

 

Nous devions sortir de nos tranchées par deux points différents, pénétrer dans les lignes adverses, pousser un groupe en première, un autre en deuxième, un en troisième et l’autre en quatrième ligne, pendant qu’une section serait en réserve dans les anciennes tranchées pour parer à une surprise. La distance maxima était d’environ 500 mètres dans les lignes allemandes.

 

La tâche nous parut formidable, mais, habitués comme nous l’étions, nous nous encourageâmes et bientôt tous furent résolus. Il fallait des prisonniers. À la distribution des rôles, je fus pour ma part un peu ému. Le lieutenant, en souriant, me donnait mission de pousser sur l’objectif le plus éloigné.

 

— Je sais, dit-il, que je puis compter sur vous.

 

La carte révélait un gros abri en quatrième ligne et je ne disposais que de 20 hommes.

 

— Bien, mon lieutenant ! Répondis-je.

 

Préparation. Les patrouilles commencèrent la nuit même. Les gradés y participèrent tous. À la deuxième, le caporal Sandler, le sergent Bordais et moi poussâmes bien en avant, près des lignes boches, et reconnûmes ainsi le passage exact et l’emplacement d’un ancien blockhaus, point de repère. Dans l’intervalle, nos hommes étaient mis au courant et chaque chef de groupe s’organisa comme il le voulut. Au 4e Bataillon, tout se passe mieux que je ne le pensais la veille. Un moment d’émotion, quelques encouragements et les langues se délièrent. “On leur fera voir si on est quelqu’un”, dit l’un ; “Les fridolins n’ont qu’à bien se tenir”, dit l’autre. Tout cela contribua à redoubler ma confiance et je fus très heureux de constater aussi que mon groupe n’avait rien perdu de son entrain et de son allure décidée.

 

Pendant la nuit du 12 au 13, nous commençâmes à déblayer les vieux boyaux qui étaient entre les lignes et un cheminement fut préparé pour les deux groupes principaux (grenadiers et les deux sections de la 13e Compagnie). Dans la nuit du 13 au 14, le travail fut terminé et tous les gradés reconnurent leur point de départ, le cheminement et l’objectif. Ces travaux, ces patrouilles nous mirent dans un grand état d’énervement et de fatigue.

 

Le 14 juillet, dans la matinée, on nous apprit que l’affaire se ferait dans la nuit qui suivrait (du 14 au 15). Quelle émotion ! Et pourtant nos hommes étaient des braves. Les groupes commencèrent immédiatement à se porter en ligne et à occuper deux abris différents, proches des emplacements de départ. Tranchée des Zouaves, les grenadiers dans le fond de l’abri qu’une section occupait.

 

Défense fut faite de se montrer dans la tranchée et, jusqu’au soir, les hommes durent rester dans l’abri. J’observais les lignes du petit observatoire. Tout était calme, trop calme même. Dans l’après-midi, les chefs de groupe furent mandés au P.C. de la 13e Compagnie. Après un appel, un silence se fit, impressionnant. Le lieutenant nous annonça que l’opération commencerait à 20 heures, en plein jour. Quel coup de foudre ! Nous qui pensions opérer la nuit, jouir de la surprise, être obligés de sortir en plein jour, traverser 300 mètres entre les lignes, traverser les tranchées boches sur 300 mètres de largeur et pousser à 500 mètres à l’intérieur de leurs lignes ; tout ça en plein jour, sans préparation d’artillerie et simplement derrière un barrage roulant. Chacun pensa aux chances de succès. Tous y crurent, je crois : mais que de pertes envisagées !

 

Exécution. Chacun rejoignit son groupe, mit ses hommes au courant, fit commander l’approvisionnement de grenades, s’assura que chacun connaissait son rôle et les encouragea le mieux possible. La joie régna même, les yeux brillèrent et bientôt j’eus l’assurance que tous devaient tenter l’impossible. La soupe fut oubliée. L’heure approchait. Bientôt, un à un, les grenadiers furent rangés dans la tranchée, en silence, à genoux, serrés les uns contre les autres. Les lanceurs étaient en tête, puis les porteurs de bombes et les serre-files. Les montres allèrent plus doucement. Un avion ennemi nous rendit plus anxieux encore en tournant au-dessus de nos têtes. Quelques minutes encore, l’avion disparaît, les gorges se serrent. Chacun répète les commandements à voix basse : Attention. Trois minutes. Deux. La dernière fut plus longue encore. Huit heures.

 

Un tonnerre passa au-dessus de nous. D’un seul coup, notre artillerie venait de commencer son tir, les mitrailleuses de crépiter. Le cri : “En avant !” fut répété et nous partîmes au pas de course. Le tir est bien réglé ; les obus fumigènes tombent devant nous et nous voilent aux yeux de l’ennemi ; les balles sifflent au-dessus de nous et obligent les boches à se terrer. Les groupes se reforment à la file indienne, franchissant nos barbelés. Chacun crie et emporte dans son élan son voisin. “En avant ! Par ici. Le 4e Bataillon. Serrez !” On court. Quel tableau ! Cent hommes, cent démons sont entre les lignes. “À genoux !” crie-t-on. Tous s’arrêtent et repartent au signal. Le barrage avait été devancé. Les réseaux ennemis sont là. Ils sont franchis à toute vitesse. Deux guetteurs boches sont à proximité des blockhaus. Instinctivement, chacun va dans leur direction. J’ai de la peine à conserver mes hommes près de moi et en bon ordre. “On les veut ! Suivez-moi, le 4e, par ici !” C’est plus loin qu’il faut aller. On repart. Ce n’était pas notre travail.

 

La ligne des guetteurs est franchie. On colle au barrage, la deuxième tranchée est dépassée. Chaque groupe marche isolément et sur son objectif respectif. La troisième ligne est là. Les boches sont dans leurs abris, leurs sacs dehors ; on ne s’arrête pas : on dépasse le barrage français ; on prend le bled pour couper au court et on tombe en quatrième ligne avant que l’ennemi en soit revenu, avant qu’il soit sorti de ses abris. Les 155 français pleuvent dru encore. Un obus tombe sur l’abri à quelques mètres. Le tir s’allonge un peu. La tranchée est bouleversée. On fait 40 mètres environ et une entrée d’abri est là. Conformément aux prescriptions données au départ, trois hommes (les derniers) s’arrêtent. Une autre encore : deux hommes se posent là. Devant une troisième entrée la même chose se passe, et enfin, plus loin, la quatrième. L’abri est gardé et les occupants sont prisonniers. Tout s’est passé comme il était prévu. Deux groupes nous protègent à chaque extrémité de la tranchée. Nous sommes en sécurité, gardés de tous côtés. Il faut maintenant faire sortir les ennemis, qui ont tout laissé dehors, sacs, armes même, tables garnies de victuailles. Les boches mangeaient avant notre arrivée.

 

Le travail commence. Quelques mots d’allemand sont connus de tous. Nous crions aux entrées : « Sortez ! Rendez-vous ou kaputt ! » Comme réponse on nous tire des coups de fusil du fond de l’abri. Le temps presse. Je donne l’ordre de lancer des grenades dans trois entrées. On attend à la sortie de la quatrième. Rien encore. Bien mieux, nous sommes vus des lignes allemandes plus en arrière ; des boches nous mitraillent.

 

Les balles sifflent, on ne peut plus se montrer sur le parapet. “Les grenades incendiaires !”, tel est l’ordre qui circule. Elles sont lancées, les marches de l’abri fument ; une fumée noire sort de l’abri mais rien ne se montre toujours à la quatrième entrée restée libre. Les bombes de 8 kilos sont alors jetées. Les trois premières entrées s’effondrent. J’essaie de descendre dans la quatrième. Les coups de feu partent encore, c’est tenter l’impossible.

 

La rage me prend. Il y a des boches et nous ne pouvons les avoir. Si au moins nous avions la certitude que nos camarades ont du boche. J’envoie un sergent (sergent Amin) et quelques hommes en troisième ligne. Le temps est affreusement long. Ils reviennent, déclarent n’avoir rien vu, si ce n’est des abris bouleversés. Que faire ? Un flottement se dessine. J’use de mon autorité. “On partira quand nous les aurons”, telle est ma réponse. Le combat reprend de plus belle. On me prévient qu’on nous contre-attaque sur notre droite. J’envoie quelques hommes disponibles comme renfort à ceux qui gardent les extrémités de la tranchée. Tenez bon. Je fais jeter des grenades dans la dernière entrée. Qu’ils meurent tous alors. Les munitions s’épuisent. “Kamarades ou Kaputt !” répète-t-on. Enfin, dans la fumée, un boche monte et sort, les bras levés, ses vêtements en feu et le visage sanglant. On essaie de lui donner confiance. Il cause français un peu et dit être seul dans l’abri. On lui montre une grosse bombe de 8 kilos que l’on va jeter dans cette dernière entrée. Il appelle alors les autres. Les kamarades montent. Ils sont en sang, brûlent et paraissent être des loques humaines. Ils tremblent comme des feuilles. Il en vient toujours. Combien ? Nous ne savons. Cinquante peut-être. Nous sommes si peu nombreux, dispersés comme nous le sommes. C’est suffisant, nous pourrions de vainqueurs devenir prisonniers. Un arrêt. On remonte. Lancez les grenades ! Quels cris dans l’abri ! Une bombe est enfin jetée pour terminer, elle éclate et l’entrée s’écroule. C’est fini.

 

Il faut rentrer maintenant. Les prisonniers reprennent des jambes. Le groupe se rassemble, emmenant les boches. Quatre hommes restent en arrière avec moi pour protéger la retraite. Les prisonniers sont chargés de ce que l’on trouve : appareils de visée, minen, niveaux, caisses, etc… Que renferme tout cela ? Les boches n’ont plus de force… Nous en laissons en route… Les tranchées sont vues au retour. Partout, ce n’est que des dépôts de munitions, minen camouflés, lignes téléphoniques neuves. On détruit ce que l’on peut, on coupe les fils, on brise les plaques de marbre des appareils. On prend les consignes affichées aux portes d’abris. Je m’attarde quelque peu. Nous n’en pouvons plus, nous écumons et nous ne pouvons plus causer. Nous abandonnons du matériel. Nous arrivons vers le blockhaus. Les autres groupes sont rentrés déjà. Le lieutenant est là avec quelques hommes. Il s’inquiétait de notre sort et nous félicite. Quelle joie ! Nous dansons une gigue au son du klaxon que manœuvre le lieutenant. C’est le signal du retour dans nos lignes.

 

Nous nous aidons à ramener les blessés, les tués (deux). Nous sautons dans notre tranchée vers 9 heures. Les prisonniers sont déjà à l’arrière. On nous apprend qu’ils déclarent vouloir attaquer le lendemain. La douche ! Nous savons plus tard au P.C. du Bataillon qu’ils sont 27. Trois ont été pris par les autres groupes ; le mien en a 24 à son compte. Nous sommes fiers et nous éprouvons une joie sans bornes. Le 4e Bataillon est à l’honneur. Le commandant est content de ses grenadiers.

 

Les loustics lancent leurs bons mots : “Pour un 14 juillet, c’est un fameux champagne !” disent-ils, faisant allusion à celui qu’ils n’ont pas bu comme leurs camarades.

 

Dans la nuit, nous connaissons d’autres détails. Les renseignements se précisent. L’ennemi commencera sa préparation à minuit et attaquera au jour, à 4 heures. Mais nous sommes prévenus. Des dispositions nouvelles sont prises. Nous les attendons et nous pensons, dit-on, “au beau bec qui les attend”.

 

Les sapeurs de la Compagnie 25/24, sous le commandement du sergent Chartier, terminent l’opération en détruisant tout ce qu’ils peuvent de minen et d’abris. »

 

2. Dans l’historique du 366e régiment d’infanterie (Amicale des anciens du 366e) on retrouve également la liste des prises du corps franc, le contexte et le bilan de l’opération ainsi que les conséquences opérationnelles :

 

« Trois quarts d’heure après son départ, le détachement Balestié rentrait dans nos lignes en traversant un barrage d’artillerie allemande très modéré et ramenait :

 

27 prisonniers (73e R.1., et 11e Bataillon de M.-W.).

 

5 mitraillettes.

 

1 appareil de pointage de minenwerfer.

 

3 appareils téléphoniques.

 

Des armes et des équipements.

 

Des croquis dont un particulièrement important sur lequel sont portés des emplacements de M.-W.

 

Nos pertes sont minimes :

 

2 tués, 3 blessés, pour un effectif de 200 hommes environ. Pas un homme ne restait entre les mains de l’ennemi. Il avait brillamment rempli sa mission, recueillant des renseignements de haut intérêt et ramenait 27 prisonniers, qui nous donnaient sur-le-champ des précisions sur l’attaque imminente.

 

Les résultats :

 

1. Renseignements recueillis de visu. En pénétrant dans les lignes ennemies, on y avait trouvé des fils téléphoniques sur bobines, prêts à être déroulés vers l’avant, les minenwerfer en batterie dans K 3 presque jointifs et séparés seulement par leurs dépôts de munitions bien camouflés.

 

2. Prisonniers. Le nombre des prisonniers était de 27, appartenant soit au 73e R.I. (régiment précédemment en secteur et déjà identifié), soit, pour la plupart, aux 7e et 11e Bataillons de minenwerfer.

 

Les prisonniers, tout prêts pour l’attaque, avaient sur eux leur musette remplie de vivres de réserve. N’eussent-ils pas voulu parler, nous étions dès lors en possession de renseignements suffisamment éloquents. Au reste, leurs révélations immédiates jointes aux indices reconnus ne laissaient subsister aucun doute. Elles nous fournissaient même l’horaire d’ensemble établi par le commandement allemand.

 

Le premier renseignement donné par les prisonniers mérite d’être signalé. Dans le premier groupe ramené, un boche se lamentait d’avoir perdu dans la bagarre son masque à gaz. On lui fit remarquer que, prisonnier maintenant, il en aurait vraisemblablement moins besoin. Il répondit aussitôt que dans quelques heures la préparation d’artillerie allait commencer et qu’elle comporterait un large emploi d’obus toxiques.

 

Interrogé alors succinctement par l’officier adjoint au chef de Bataillon, sous-lieutenant Bougon, qui avait été envoyé en avant pour hâter l’envoi des renseignements et des prisonniers, le boche confirma ses premiers dires et ajouta que l’attaque d’infanterie suivrait de peu le début de la préparation.

 

Ce premier renseignement téléphoné au P.C. Ham fut transmis vers l’arrière. Quelques instants plus tard, les renseignements donnés par les autres prisonniers confirmaient celui-là et le précisaient :

 

Préparation d’artillerie : minuit 10 (heure française).

 

Attaque d’infanterie : 4 h 30.

 

Direction : Châlons.

 

Le succès était dû :

 

1. À l’heure opportune fixée par le commandement.

 

2. À l’organisation et à l’instruction de la troupe.

 

3. À l’esprit du régiment.

 

Organisation et instruction de la troupe :

 

La préparation antérieure fut un des principaux facteurs du succès. Le Bataillon avait été entraîné en vue d’une opération analogue. Chacun n’avait besoin que du minimum de temps pour apprendre son rôle. Les coups de main étaient tellement fréquents au régiment qu’ils étaient pour ainsi dire entrés dans les réflexes. Le 366e, comme les autres régiments de la D.I., possédait dans ses « grenadiers de Bataillon » des exécutants de premier ordre. Esprit du régiment, esprit de discipline, certes, mais aussi désir d’action et mépris du danger, chez les officiers comme dans la troupe. Il faudrait citer trop de noms pour ne pas être injuste ; on peut se contenter de rapporter deux faits qui se rattachent au coup de main du 14 juillet :

 

1. Lorsque le coup de main fut monté, la 13e Compagnie et son chef, le lieutenant Balestié, furent désignés (c’était le tour de cette compagnie à marcher ; le coup de main du 12 juillet avait été fait par la 15e Compagnie). Dès que cette décision fut connue, le commandant d’une autre Compagnie du Bataillon vint exprimer à son chef de Bataillon ses regrets que l’opération fût confiée à une autre unité que la sienne. Il semblait même froissé et ajoutait à peu près textuellement : “Ce n’est pas seulement un sentiment personnel que j’exprime, c’est celui de tous mes gradés et de mes hommes.” Il fut cru très volontiers, mais c’était le tour de la 13e Compagnie, il devait attendre pour lui et sa Compagnie d’autres occasions de se distinguer. Le commandant de Compagnie se retira, pas du tout convaincu par la première partie de la réponse, mais méditant certainement la deuxième. Quelques jours plus tard, il justifiait par une superbe défense du point qu’il gardait la prédiction que lui avait faite son commandant. Pour les anciens du 366e, il n’est pas besoin de nommer le capitaine Forcinal (14e Compagnie), qu’ils auraient vite reconnu, ardent et brave comme toujours, dans l’anecdote ci-dessus.

 

2. La guerre nous a révélé que, même en campagne, le papier ne perd pas ses droits. Un Bataillon en première ligne a de nombreux papiers à fournir journellement : comptes rendus, croquis, inventaires, etc. Un gradé, le caporal Hoquet, de la 13e Compagnie, était adjoint à cet effet à l’adjudant du 4e Bataillon. Par suite de ses fonctions temporaires, le caporal Hoquet aurait pu, le 14 juillet, rester au P.C., à peu près assuré contre tout risque. Avant le coup de main, il vint trouver son chef de Bataillon et lui demanda comme une faveur la permission de laisser ses papiers pendant quelques heures pour participer à l’opération avec ses camarades. Naturellement, la permission lui fut accordée avec félicitations. Il fut un des plus acharnés parmi les plus braves, ce jour-là. Quelques semaines après, une mort glorieuse en privait le Bataillon.

 

“Voilà les officiers et voilà la troupe ; voilà l’esprit du régiment.” »

 

3. Alors que les Français continrent l’attaque allemande sur le front de Champagne, l’équivalent de 21 divisions alliées se hâtèrent vers le flanc ouest à partir de la forêt de Villers-Cotterêts. Le 18 juillet, soit trois jours après le coup de main de Darnand, se ruèrent à l’assaut les 26e, 69e, 167e, 168e, 169e, 164e, 418e, 265e, 72e, 91e, 136e, 23e, 42e, 128e, 48e, 70e, 71e, 9e, 11e, 20e, 8e, 110e, 208e, 133e, 152e, 170e, 174e, 409e régiments d’infanterie française, ainsi que les 1er, 4e, 8e, 9e zouaves français, les 7e, 8e, 9e tirailleurs algériens, les 1er et 4e mixtes zouaves-tirailleurs, les 2e, 4e, 41e, 43e, 59e bataillons de chasseurs à pied ou alpins français, les régiments marocains, malgaches et russes, ainsi que la 1re division d’infanterie américaine, la Big Red One. Enfin, pour la première fois, les nouveaux chars Renault FT rencontrèrent le succès.

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