L'Histoire suit parfois de bien étranges chemins.

Un peu plus de 57 années se sont écoulées pour qu'une tragédie méconnue de la Première Guerre mondiale

soit rappelée au public.

En mai 1917, un des épisodes les plus atroces de la guerre se déroulait en Champagne Pouilleuse : 400

soldats allemands périssaient par asphyxie, en quelques minutes, au fond d'un tunnel 

creusé dans les flancs du Mont Cornillet, piton occidental de l'alignement des Monts de Champagne.

Plusieurs décennies furent nécessaires pour qu'on se rappelle les 400 cadavres murés dans l'une des trois

galeries du tunnel et que le gouvernement ouest-allemand, en accord avec les autorités françaises,

entreprenne des recherches qui, en juillet et août derniers (1974), permirent d'exhumer les dépouilles de 265 des

morts du tunnel.

C'est cette tragédie qui va être décrite dans les pages suivantes.

 

Champagne Pouilleuse !

Telle est, par dérision ou par ironie, la dénomination péjorative dont on affuble la triste région qui s'étend

de Reims aux confins de l'Argonne.

Le paysage s'y étale en mornes ondulations qui se perdent sur l'horizon.

Aussi, la plus modeste élévation du sol, le moindre accident de terrain prennent-ils le nom de mont ou de

butte ; termes qui peuvent paraître hautains ou même présomptueux, mais semblent finalement les seuls

qui puissent désigner géographiquement les émergences calcaires de cette contrée, au point que de simples

tas de craie laissent l'impression de véritables falaises : tel est le cas des monts de Champagne.

Ils forment un alignement presque rectiligne orienté nord-est-sud-ouest que le visiteur courageux pourra

embrasser du regard en grimpant sur l'observatoire du Mont Sinaï (280 m), en plein centre de la

Montagne de Reims.

Il distinguera de gauche à droite les Monts Cornillet (208 m), Blond (232 m), le sommet double du Mont

Haut qui culmine à 250 m, le Casque (242 m) et le Téton (237 m). Le Mont Pertois (188 m) s'appuie sur

les contreforts méridionaux du Mont Haut.

En avant de cette barrière, le Mont Sans Nom dresse à 209 m sa masse solitaire et désolée.

Cette région, déjà peu favorisée, a été tuée par la guerre.

Seules deux pancartes et une chapelle commémorative témoignent, de nos jours, de l'existence passée de

deux petits villages agricoles : Nauroy (nom formé d'après les mots latin ou roman désignant l'aune, le

coudrier, le frêne) et Moronvilliers (Muronis Villare, nom d'origine germanique ou gallo-franque

désignant une dépendance de la villa.

Détruits, ils n'ont jamais été reconstruits.

 

Mis à part les Anciens combattants, rares furent, après la guerre, les visiteurs du Mont Cornillet.

Précisons que la S.N.C.F. incluait encore, en 1939, la visite du mont dans ses excursions sur des champs

de bataille de la Première Guerre mondiale.

En 1919, un témoin revit les Monts :

« Ces croupes sont classées paysages de guerre ; pas une seule tranchée n'a été comblée, pas un entonnoir

bouché. Seuls, quelques maigres arbustes ont repoussé au hasard sur la craie parmi les chevaux de frise

et les réseaux rouillés. Jamais je n'ai senti plus complète, plus lourde solitude qu'un jour d'automne 1919

où j'ai gravi le Cornillet. C'était le soir, un vent violent balayait la crête courait dans les tranchées,

s'engouffrait dans les sapes. Partout la craie, la craie grise bossuée, soulevée, éventrée. Devant moi,

s'effaçait peu à peu la ligne de la Montagne de Reims ; vers la ville, le couchant saignait entre deux

nuages d'encre ».

Aujourd'hui, il suffit de prendre pied sur le mont pour éprouver la même sensation de malaise.

Le paysage n'a pas changé : tranchées encore apparentes, boyaux se tortillant sur les flancs d'une butte

truffée d'obus non éclatés, d'abris affaissés.

Le Mont Cornillet reste de nos jours le témoin d'une époque dont le souvenir s'estompe peu à peu dans la

mémoire des hommes.

 

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