DONTRIEN

 

 

 

 

 

 

Le village avant guerre

Dontrien est situé un peu au-dessu du confluent de la Suippe et de la Py.

Son nom vient peut-être de Donnus Trojanus (saint Trojan évêque de Saintes), patron primitif de la paroisse. Celle-ci dépendant du doyenné de Bétheniville, fut dédiée à Saint Laurent plus tard, et l'abbé de Saint Nicaise présentait à la cure. Le village faisait partie jusqu'à la Révolution du comté de Saint Souplet, et relevait de Reims pour les principales juridictions.

 

L'église est le principal monument du village, elle est remarquable pour les nombreuses inscriptions dans l'escalier des combles, dans les combles eux-mêmes et dans le clocher, relatives aux restaurations mais aussi à la météorologie et aux événements (ex le passage de Louis XIII). Mais il faudrait peut-être évoquer aussi le marronnier plusieurs fois séculaire, qui ne résistera pas à la 1ère guerre (voir photo).

Deux cimetières gaulois sont évoqués par les archéologues du XIXème siècle, qui ont livré des torques, des vases, des varmes ( Lieux-dits Moulin Pigeon et peut-être La Hurte).

C'est un village agricole ( seigle, orge, avoine, prés et bois), mais on y trouve aussi une usine de tissage mécanique (100 métiers qui produisent des châles en cachemire) appelée "Chamelot". En 1911, on y compte 259 habitants.

 

Histoire de l'arrivée des Allemands:

Ce récit a été fait par l'abbé Dézy, curé de la paroisse, qui dès son retour en 1920 enregistre les témoignages des habitants.

Les Allemands sont annoncés dès les 26-28 août: les habitants qui peuvent partir partent. Dès le 30, les soldats français se replient vers Châlons, puis ce sont les réfugiés belges, ardennais qui passent, avec les biens qu'ils ont pu regrouper: animaux, troupeaux, charrettes. Cela dure une semaine, et les habitants de Dontrien commencent à penser qu'ils vont devoir les imiter. A partir du 29 août, c'est le tour des soldats blessés, dont certains allemands, qui arrivent par les champs et par le train pour les plus graves: le curé de la paroisse fait appel à la générosité des gens. Ambulances et médecins militaires portent les premiers soins.

A partir du 31 au soir et 1er septembre, une cannonade (du côté de Sommepy) effraie le village. Dans la nuit du 1er au 2 septembre, c'est la panique: on apprend que les ennemis arrivent. Les gens fuient, mais il est trop tard, ils seront rattrapés à Ay et Vertus par les Allemands qui leur "conseillent" de rentrer chez eux.

Ils arrivent le 2 septembre vers 11h du soir, certains traversent le village, mais le plus gros des troupes s'installe autour du village. Ils pillent, pour trouver des armes ou d'éventuels soldats français cachés dans le clocher. Ils poursuivront leur avancée vers Châlons, alors que les habitants émigrés eux, reviendront à partir du 6 septembre, et découvriront le pillage.

Le 9 septembre, ce seront les Allemands, battus au cours de la bataille de la Marne, qui investiront la commune jusqu'en 1918.

 

Sous l'occupation

Les villageois auront, comme ailleurs, à souffrir de l'occupation allemande: réquisitions, vexations, ou violences:

- Atteintes aux biens

A leur arrivée, les Allemands vont obliger les habitants à se rendre à la fabrique Chamelot, pour pouvoir perquisitionner leurs maisons. Les hommes devront y rentrer tous les soirs pendant 162 jours, ils seront ensuite mieux logés.

La nourriture: pendant 15 jours, il y a eu distribution générale de soupe. Le maire, qui a trouvé une réserve de farine chez le boulanger mobilisé fait du pain pour tous, d'autres s'en font pour eux-mêmes. Une partie des habitants profitent de la générosité des cuisines allemandes (ceux qui travaillent pour l'occupant?), une partie est privée de tout.

Les maisont sont perquissionnées pour trouver du cuivre, des métaux. L'église est dynamitée par les Allemands le 13 novembre 1914, les orgues sont détruites,01 Projet1 les objets précieux disparaissent.

- Atteintes aux personnes:

Violences: A l'arrivée des Allemands, MM. Baudry(de Vaudesincourt) et Arnoud, qui faisaient des signes en guidant leur troupeau sont accusés d'avoir fait des signaux, l'un d'eux est fusillé sur le champ.

Le 12 septembre suivant, le maire, son adjoint et le sergent des pompiers sont pris en otage. Faits prisonniers, ils s'enfuient le lendemain.

Plus tard (erreur de date, car celle qui est donnée est: 1919), une dame sera tuée par un obus en étendant son linge dans son grenier: les populations vivaient dans la peur des bombardements.

Erreur de date aussi pour la décision des Allemands d'évacuer la population (1915 ou 1917?). Les habitants doivent prendre le train, avec ceux de Saint Martin l'heureux, en emportant le minimum vital. Le départ a lieu à 7h un matin, ils sont emmenés à Signy l'Abbaye; ils sont d'abord logés dans l'école, où ils dorment sur la paille. Certains mourront à cause des difficiles conditions de voyage (dysenterie) et d'hébergement qui dureront 2 mois. Ensuite, ils pourront loger chez l'habitant, avec la permission des Allemands. A partir du 30 novembre 1915, leur situation s'améliore et ils sont ravitaillés par les Américains.

Ils doivent travailler pour les Allemands: dans les jardins, aux bois, à la scierie, au chemin de fer pour recevoir un salaire; au début, c'est difficile, car ils sont mal nourris. Les femmes feront les foins.

- Le culte: l'église est réservée au culte allemand, protestant ou catholique. Le curé de Dontrien étant mobilisé, un remplaçant va gérer toute la région de la Suippe. Il pourra dire 6 fois la messe, mais il est très surveillé. Le clocher sera détruit, car c'est un repère pour l'artillerie fraçaise. Les statues et autres objets religieux disparaitront.

 

Reconstruction

Le village est complétement détruit, les habitants disposeront de quelques maisons, d'une mairie et d'une église provisoires. Les maisons seront reconstruites dans les années 1920, la nouvelle église inaugurée en 1932.

 

 

 

Résumé par Laurence MILLOT avec le concours de C.BACQUENOIS

 
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Historique de la paroisse de Dontrien

 

 

Par Léon DEZY, abbé de Dontrien

et Saint-Martin l’Heureux

 

 

 

Août 1914 jusqu’à sa réorganisation en 1919

 

Paroisse de Dontrien

Historique de la paroisse, au cours de la guerre, depuis août 1914 jusqu’à sa réorganisation en 1919.

 

 

 

 

 

Préliminaires

 

 

Le 28 juin 1914, l’archiduc Ferdinand, héritier de la couronne d’Autriche, et sa femme la duchesse de Hohenberg, étaient assassinés à Sarajevo, capitale de la Bosnie. C’était un dimanche, et les journaux du soir annoncèrent le double meurtre. Personne alors ne soupçonnait la répercussion terrible et rapide de cet événement, et que quelques semaines plus tard l’Europe presque toute entière se trouverait en armes. Ce même jour par une curieuse coïncidence, on fêtait dans le département du Nord le septième centenaire de l’anniversaire de la victoire de Bouvines, et des détachements de toutes les armes défilaient sur le champ de bataille ou en 1214, nos ancêtres mirent en déroute la première coalition germanique.

 

 

Le samedi 25 juillet, un fait se produit, significatif, Mr de Schoen, ambassadeur d’Allemagne à Paris, avait remis la veille à Mr Bienvenu-Martin, faisant fonction de ministre des Affaires Etrangères, pendant l’absence de Mr Viviani, une note déclarant que son gouvernement approuvait dans le fond et dans la forme, un ultimatum adressé par l’Autriche à la Serbie. La note communiquée par Mr de Schoen ajoutait que si une tierce personne intervenait dans la discussion, il pourrait en résulter une grave tension entre les deux groupes de puissances qui existent en Europe.

 

Le 26 juillet, les nouvelles s’aggravent : l’Autriche a rompu les relations diplomatiques avec la Serbie, et la Russie mobilise cinq corps d’armée.

Les 27 et 28 juillet tous les officiers en villégiature et les soldats permissionnaires avaient reçu par dépêche, l’ordre de rejoindre leurs garnisons respectives.

Le 29 juillet les hostilités entre l’Autriche et la Serbie commencent ; la première flotte anglaise a quitté Portland pour une destination inconnue ; la Belgique mobilise trois classes.

Le 31 juillet, tout le monde s’attend à la guerre. Les premiers actes d’hostilités de l’Allemagne à la frontière française sont annoncés : ruptures de lignes télégraphiques et téléphoniques etc.

 

 

Mobilisation

 

 

Le samedi 1er août 1914 à 5 heures du soir : la mobilisation est affichée à la poste en ces termes : « La mobilisation générale est déclarée », le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août. Les gendarmes parcourent la région et apportent les affiches de la mobilisation. Elles sont apposées aux portes de la mairie et de l’école. Hommes et femmes viennent y jeter un coup d’œil rapide et partent précipitamment, les uns pour faire leurs derniers préparatifs, les autres pour aller embrasser les êtres chers qui vont les quitter. Le sentiment qui domina lorsque l’annonce de la mobilisation devint officielle, ce fut un sentiment de soulagement. Ce cauchemar de la guerre fatale, a pesé si lourdement depuis quelques années, et les deux dernières semaines ont été bien dures à passer, tout vaut mieux que l’incertitude, et l’occasion d’en finir s’en présentait. Cependant on ne saura jamais ce qu’il doit, dans l’intérieur des familles, se passer de scènes touchantes ou tragiques pendant les quelques heures qui s’écoulèrent entre l’affichage de l’ordre de mobilisation générale et le départ des premiers appelés.

 

 

Dans la journée du 3 août, une grande affiche blanche annonçait la proclamation de l’état de siège dans toute la France et pour la durée de la guerre. Pendant les quatre jours qui suivirent ce furent les départs successifs de tous les mobilisés se rendant à leur régiment. Alors ce fut la tristesse générale dans tout le pays où il ne restait plus que les vieillards, les femmes et les enfants, passant leur temps à commenter les événements des premières opérations militaires. Cependant les travaux des champs continuèrent tout le mois d’août ; avec le peu de chevaux que la mobilisation avait laissé.

 

 

Telle était la situation lorsque brusquement les 26, 27 et 28 août, des communiqués nous apprirent coup sur coup l’évacuation des parties de l’Alsace et de la Lorraine annexées occupées par nous, l’échec de notre offensive de Belgique et l’entrée des Allemands sur le territoire français.

 

 

Emigration ; occupation de troupes

 

 

Dès le dimanche 23 août, des voitures vides, de toutes dimensions, conduites par des soldats français, venant de St Souplet passaient à Dontrien, se dirigeant sur le camp de Châlons. Les habitants depuis neuf heures du matin regardaient cet interminable défilé de voitures, et ne pouvaient comprendre ce retour en arrière.

 

 

Un vieillard eut une parole malheureuse et se vit bafoué : il disait : « ce que vous voyez là, eh bien, c’est le tableau de 1870, ça c’est la débâcle ».

 

 

Mais deux jours après commença alors le défilé des réfugiés de Belgique, se sauvant avec le peu qu’ils avaient pu emporter. Puis ce furent les habitants des Ardennes, dont un grand nombre emmenait avec eux leur mobilier sur des charrettes. Quelques cultivateurs avaient eu le temps de rassembler leurs troupeaux, leurs chevaux et fuyaient au plus vite, répandant la panique sur leur passage. Ce fut un spectacle navrant pendant huit jours, et les habitants de Dontrien ne croyaient pas, qu’il leur faudrait eux aussi suivre bientôt ce mouvement.

 

 

Le samedi 29 août vers 10 heures, nous vîmes pour la première fois des blessés arrivant par les champs, mais ne pouvant rendre compte de ce qui se passait. A midi ce furent les pontonniers du génie qui venaient s’installer au sud de Dontrien ; puis les ambulances occupèrent le côté Est du territoire. A trois heures de l’après-midi le dix-septième corps d’armée se trouvait campé sur la crête en face la gare de Dontrien. Le dimanche 30 août fut une journée bien triste. Dès le matin ce furent encore les réfugiés qui traversèrent le pays en hâte, afin de ne pas se trouver engagés dans les soldats. A la grand’messe à Dontrien, Mr le Curé annonça aux paroissiens qu’un train de blessés devait passer en gare de Dontrien à 4 heures, et fit appel à la générosité des habitants pour leur porter, du lait, des œufs, des fruits, de la bière, et les provisions dont chacun disposait.

 

 

Les médecins des ambulances se rendirent également au passage de ce train, afin de donner les soins urgents que pouvaient réclamer ces premiers blessés. Je me rappelle que l’on montrait du doigt les blessés allemands, lesquels inspiraient une certaine horreur, par leur regard farouche, et leur attitude belliqueuse. La journée du lundi 31 août fut remarquable par la canonnade entendue dans la direction de St Clément et des Ardennes. Les habitants commencèrent à s’émotionner de ce défilé interminable de réfugiés. Quelques-uns font déjà en secret leurs préparatifs de départ.

 

 

 

Le mardi 1er septembre, de mauvaises nouvelles circulent dans le pays, le canon s’entend du côté de Sommepy. Les troupes françaises quittent vivement la région, et les habitants de St Martin l’Heureux et de Dontrien craignant l’envahisseur, font leurs préparatifs de départ à grand regret. Les récits des émigrés belges et ardennais les déterminent à quitter, leurs foyers, dans l’espérance que ce voyage sera de courte durée. Enfin dans la nuit du mardi au mercredi 2 septembre on apprend que les ennemis avancent dans la direction de Dontrien ; les employés de chemins de fer ont quitté leur poste ; le feu dit on est à Sommepy, alors il faut partir car demain les Allemands seront ici. Alors c’est le sauve qui peut de la dernière heure. Dans la journée du mercredi quelques-uns, retardataires quittent eux aussi leurs maisons, pour se diriger sur le département de l’Aube, mais dans la journée du jeudi, ils sont dépassés par les allemands à Ay et à Vertus ; finalement ils se décident, sur le conseil des Allemands à réintégrer leur village.

 

 

Invasions ; occupation allemande ; Réquisitions

 

 

Période du 2 septembre 1914 au 19 mars 1915.

Le mercredi 2 septembre, les Allemands font leur première entrée à Dontrien à 11 heures du soir. Un petit nombre traverse le village par la route principale, tandis que le gros de l’armée entoure le village. Leur œuvre principale fut de piller les maisons situées sur leur passage. A minuit, le commandant fait appeler la mère de Mr le Curé et un habitant voisin du presbytère. Ils sont obligés de conduire quelques Allemands dans le clocher de l’église, pour y rechercher s’il n’y a pas des armes cachées ; ou même des hommes en armes. Cette recherche ne donna aucun résultat. Les Allemands se dirigeant en toute hâte vers Châlons-sur-Marne, ne firent donc que passer, en pillant tout sur leur chemin.

 

 

Le 6 septembre, ceux des émigrés qui avaient été dépassés par l’ennemi, rentraient à Dontrien, et y trouvaient le bouleversement général dans leur mobilier, dans leurs granges et leurs écuries. Ils étaient assez tranquilles puisque les Allemands étaient passés ; mais cela fut de courte durée, en effet le 9 septembre, les Allemands battus sur la Marne revenaient à Dontrien, où ils devaient hélas demeurer pendant quatre ans, jusqu’au 10 octobre 1918,(*Correction :Les troupes allemandes quittent Dontrien le 4/10/1918 et se repositionnent sur un axe Bétheniville/ Hauviné), jour de la grande bataille sur la Suippe et en Champagne, où ils furent enfin chassés dans la direction des Ardennes. Nous entrons maintenant dans la période des vexations.

 

 

Le 12 septembre ; le Maire, l’Adjoint et le Sergent des pompiers sont pris comme otages et enfermés toute la nuit dans la maison de Mr Beaudiot ; le lendemain matin, personne ne s’occupant d’eux, ces otages se sauvèrent.

 

 

Les huit premiers jours de l’occupation, les habitants se nourrissent comme ils peuvent, les Allemands ne leur donnant rien. Cependant Mr le Maire de Dontrien ayant trouvé, en l’absence des Allemands, c’est-à-dire entre les deux passages, une certaine quantité de farine laissé chez le boulanger mobilisé, l’avait mise en sûreté ; et il faisait le pain lui-même la nuit pour les habitants. Ceux qui avaient pu conserver de la farine faisaient leur pain eux même. Pendant un mois, Mr le Maire fit ainsi le pain la nuit et pu venir en aide à ses administrés. Quelques habitants n’eurent pas trop à souffrir de la faim, suivant la générosité des cuisines allemandes ; tandis qu’une autre partie du village était privée du nécessaire. Il y eu toutefois pendant 15 jours, une distribution générale de soupe pour tout le monde, mais cela ne dura pas.

 

 

Aussitôt leur rentrée à Dontrien, les Allema nds forcèrent les hommes et les femmes à aller coucher à la fabrique Chamelot ; et durant ce temps ils perquisitionnèrent partout dans les maisons, dans les caves. Les femmes n’y allèrent que deux nuits, mais les hommes durent s’y rendre chaque soir, ils couchèrent donc là sur le fumier des chevaux, lesquels étaient avec eux ; le tout dura 162 jours. Ensuite ils furent mieux logés chez Mr Senart.

 

 

La journée était ainsi ordonnée : 1er appel le matin à 7 heures, puis corvée des rues faite par les hommes ; 2ème appel à 1 heure et travail commandé par les équipes allemandes ; arrachage des betteraves ; battage des grains.

 

 

Il est à noter que le samedi 10 octobre à midi, un homme de Vaudesincourt appelé Arnould Savinien, fut amené devant le commandant à Dontrien et accusé par les Allemands d’avoir fait des signaux aux Français. Il fut donc condamné à mort et fusillé au sud de Dontrien contre les jardins qui entourent le village. Au fond, voici ce qui c’était passé exactement, d’après le récit de sa famille. Ils étaient deux hommes Mr Arnould et Mr Baudry de Vaudesincourt, lesquels conduisaient quelques vaches. Mr Arnould avait son mouchoir à la main et chassait ainsi les bestiaux devant lui, ce qui fit dire aux Allemands que Mr Arnould faisait des signaux aux Français. Quant à Mr Baudry, il ne fut pas inquiété, mais il est mort depuis l’armistice.

 

 

Déportations

 

 

Il y eut un homme âgé de trente ans et un jeune homme de dix-sept ans de Dontrien qui furent déportés en Allemagne pendant deux ans. On n’a jamais su exactement la cause de cette déportation. L’homme est actuellement rentré à Dontrien, mais le jeune homme est mort en Allemagne.

 

 

Evacuation

 

 

Durant le mois de février 1915, la situation des habitants de Dontrien devenait de plus en plus difficile en raison des bombardements par pièces et par avions. Le 17 mars 1915, un obus tomba dans le grenier de Mme Veuve Gangand-Godin. Cette dame était précisément à ce moment dans son grenier, occupé à étendre du linge, elle eut alors la cheville d’un pied brisée par le frottement de l’engin, lequel alla éclater chez Mr Prudhomme le voisin, en renversant tout dans la maison, sans cependant tuer personne. Cependant Mr Prudhomme est resté affligé du choc qu’il reçut en cette circonstance. Quant à Mme Gangand, les Allemands la transportèrent chez Mme Boutière de Bétheniville, où elle mourut des suites de sa blessure, et fut enterrée dans le cimetière de cette paroisse.

 

 

A la suite de cet accident, les Allemands décidèrent de faire évacuer les paroisses de Dontrien et de Saint-Martin l’Heureux.

 

 

Gare

 

 

Le départ fut fixé au jeudi 19 mars 1915. Chaque personne était autorisée à prendre avec elle, de la literie, du linge de corps, et ce qu’elle pouvait avoir de précieux. Des voitures conduisirent tout le monde à St Hilaire le Petit pour y prendre le train ; car celui-ci ne pouvait déjà plus venir jusqu’à la gare de Dontrien, laquelle était bombardée par les Français. Ils prirent donc place dans des wagons à bestiaux, par un froid intense. Le départ eu lieu le lendemain matin à 7 heures. Le trajet dura 24 heures ; et ils arrivèrent donc à Signy l’Abbaye (Ardennes) le lendemain également à 7 heures du matin. La répartition des réfugiés dans les maisons de Signy ne se fit pas de suite, ils durent déjà loger dans une école et coucher sur la paille. Plusieurs personnes en tombèrent dangereusement malades, et reçurent les soins assidus de Mr l’abbé Maitrehut curé doyen de Signy, lequel se montra bien dévoué auprès de ces pauvres évacués. Grâce en effet à la protection de Mr le Doyen, Mme Dézy et plusieurs autres malades furent recueillis dans le patronage de la paroisse et très bien soignés ; mais un certain nombre succombèrent par suite de la Dysenterie occasionnée par le froid du voyage.

 

 

 

Voici la liste des personnes de Dontrien mortes à Signy l’Abbaye pendant la guerre.

 

 

 

Héloïse Gilles décédée à Signy le 29 mars 1915

 

Gabriel Robinet décédé à Signy le 5 avril 1915

 

Henri Herrard décédé à Signy le 9 avril 1915

 

Mme Dézy décédée à Signy le 15 avril 1915

 

Jacques Loiseau décédé à Signy le 27 avril 1915

 

Ulysse Grain décédé à Signy le 2 mai 1915

 

Mr Allard décédé à Signy le 28 juin 1915

 

Mr Royer décédé à Signy le 31 mai 1916

 

Emile Sénart décédé à Signy le 27 juin 1917

 

Camille Henrot décédée à Signy le 10 juillet 1917

 

Adonaï Adam décédée à Signy le 26 juillet 1917

 

Mme Binet décédée à Signy le 4 octobre 1917

 

Félicie Baronnet décédée à Signy le 29 décembre 1918

 

 

 

 

 

Séjour des habitants de Dontrien à Signy l’Abbaye

 

 

 

Logement

 

 

Pendant deux mois, les habitants de Dontrien logèrent dans l’école de Signy, couchant sur la paille, jusqu’au jour où chacun suivant son initiative personnelle, pouvait trouver à se loger dans une maison de Signy ; toutefois il fallait encore en demander l’autorisation aux Allemands.

 

 

Nourriture

 

 

Les trois premiers jours, ils furent nourris par les Allemands, ensuite une cuisine fut installée sous le préau de l’école, et Mme Marniquet réfugiée de Dontrien faisait la soupe pour tout le monde ; la viande pour cette soupe était envoyée par Mr le Maire de Signy. On n’avait droit qu’à une soupe par jour et 125 grammes de pain par personne. Cette soupe dura du 1er avril 1915 au 20 novembre 1915.

 

 

Chacun ayant pu trouver ensuite à se loger dans Signy, le ravitaillement eu lieu par les Américains à partir du 4 décembre 1915, jusqu’au jour de la rentrée définitive à Dontrien en 1919.

 

 

Travail

 

 

Au début les hommes allaient travailler dans Signy et aux jardins sous le commandement des Allemands, puis au bois, où ils gagnaient 1F.25 par mètre de buches, ou alors à la scierie pour 3F par jour, et aussi au chemin de fer pour 3F le tout sans être nourris. Pendant les deux dernières années, les femmes durent aller aux foins.

 

 

Perquisition

 

 

Des perquisitions fréquentes avaient lieu dans toutes les maisons pour y prendre les métaux, principalement le cuivre ; mais ce furent surtout les matelas qui furent enlevés.

 

 

Tués

 

 

 

Voici la liste des mobilisés de la paroisse de Dontrien tués sur le champ de bataille, ou morts pour la France. Raphael Gaillot, Paul Masson, Alfred Bacquenois, Henry Marniquet, Maurice Marniquet, Georges Allart ; Léon Prudhomme, Alfred Krantz.

 

 

 

 

 

La paroisse

 

 

La paroisse fut-elle desservie régulièrement ?

 

 

Aussitôt leur entrée définitive à Dontrien, les Allemands s’emparèrent de l’église, et défense fut faite aux habitants d’y pénétrer. Le culte ne s’y faisait que pour les Allemands.

 

 

Mr le Curé de la paroisse étant mobilisé, ce fut Mr l’abbé Véry (missionnaire – lequel entre parenthèse étant revenu en vacances chez sa mère à Sommepy au moment de la déclaration de la guerre) qui fut chargé de la région de la Suippes, et dut résider à St Hilaire le Petit. C’est ainsi qu’il put porter les secours religieux dans les paroisses environnantes.

 

 

Les Allemands avaient bien avec eux deux aumôniers l’un protestant, l’autre catholique, mais ils n’étaient que pour eux. Cependant l’aumônier catholique baptisa un petit enfant qui venait de venir au monde ; voici la copie du certificat de baptême qu’il a laissé à la mère de l’enfant : « Hic puer Bacquenois, baptizatus est nomine Jules René Die 14 XI 1914 ».P.Hübner Parochus militaris catholicus. (Tampon) KATHOL.KIRCHEN-24 ks reserve division

Mr l’abbée Héry baptisa un autre petit garçon appelé Jean Breton ; et il put dire la messe aux habitants de Dontrien six fois, mais il était toujours gardé à vue par des soldats allemands.

 

 

La première messe eu lieu en novembre dans la grange de Mr Longis.

 

 

La 2ème le 24 novembre 1914.

 

 

 

La 3ème le 12 décembre 1914.

 

 

 

La 4ème le jour de Noël. Ce jour-là, avant la messe Mr l’abbé Héry put faire savoir aux personnes présentes qu’il leur était possible de communier, mais comme il lui était absolument impossible de parler directement aux personnes, il donna l’absolution en secret à ceux qui s’approchaient de lui, à condition qu’ils fissent un acte de contrition parfaite, avec l’intention de le confesser au plus tôt, lorsqu’ils en avaient la facilité de le faire puis il leur donna la Sainte Communion.

 

 

La 5ème messe eut lieu le mercredi 27 janvier.

 

 

La 6ème le dimanche 28 février 1918.

 

 

Les cinq dernières messes furent célébrées dans le cellier de Mr Emile Senart. Tout le monde du pays y assistait.

Lorsque les habitants furent transportés à Signy, là ils purent remplir leurs devoirs religieux comme les paroissiens de Signy.

Il n’y eut qu’un mort à Dontrien, du 2 septembre 1914 au 19 mars 1918. Ce fut Mme Henrot, mais personne ne put assister à son enterrement, les Allemands le défendirent.

 

 

 

 

 

L’Eglise

 

 

L’église de Dontrien datait du XIIIème siècle, et était classée depuis 1908, dans les monuments historiques. Lorsque les Allemands s’emparèrent de Dontrien, l’église fut donc simultanément affectée aux cultes catholique et protestant. Les soldats qui se trouvaient ici étaient presque tous des Saxons, et par conséquent la majeure partie était protestante. L’église de Dontrien ne fut pas profanée, mais les Allemands craignant que le clocher, en raison de sa hauteur, ne fut un point de repère pour les Français (car notre artillerie se trouvait au-delà de la ferme de l’Espérance, sur l’emplacement de la ferme de St Hilaire le Grand), décidèrent de faire tomber ce clocher.

 

 

Pour cela, ils retirèrent déjà les statues de l’église et les portèrent tout d’abord dans la maison située en face l’église, puis ensuite à la mairie. Quant aux vases sacrés, ils furent remis au presbytère. Puis ils disposèrent des cordons de poudre à la hauteur des fenêtres, et le 13 novembre 1914, ordre fut donné à 2 heures de l’après-midi aux habitants et aux troupes de quitter le village. Une grande partie des habitants fut enfermée dans la fabrique près de la gare de Dontrien, et les troupes furent massées dans les champs. Quelques habitants étaient allés se mettre en sûreté dans les champs, mais c’était plutôt pour être les témoins de ce qui allait se passer.

 

 

En effet à 4 heures précises, une détonation formidable retentit ; ce fut un nuage énorme de fumée noire englobant tout l’édifice et c’était fini, il n’y avait plus qu’un monceau de ruines. Les habitants rentrèrent ensuite au village, consternés du spectacle qu’ils avaient sous les yeux. Le marronnier centenaire mutilé, il n’en restait plus que des grosses branches tenant encore au tronc. Plus tard, des Allemands devaient le scier à la hauteur d’un mètre du sol, les morceaux de tronc sont encore à l’heure actuelle gisants au pied de l’escalier dont les belles pierres, servant de marches, ont été emportées çà et là pour faire des abris cimentés.

 

 

 

Les allemands disaient n’avoir eu que l’intention d’abattre le clocher, mais en réalité, l’église n’existait plus.

L’orgue, les autels, la chaire à prêcher, les fonts baptismaux, le chemin de la croix sculpté par Mr l’abbé Bajulet étaient sous les décombres.

 

 

La cloche avait été pulvérisée.

 

 

Elle pesait 550 kilos – diamètre 0.93

 

 

Inscription : « je me nomme Philiberte, jay eu pour parein Ht Puisant JB Charles de Goujon de Thuisy, chevalier marquis de Thuisy ; Seigneur de Dontrien et autres lieux et pour mareine Haute et puissant dame Catherine Philiberte Françoise de Berulle, marquise de Thuisy, son épouse.

 

 

Maître JB Loeilley, curé de ce lieu. C. Quenet syndic. P Allart Procureur fiscal. André Bacquenois et F. Nanet, officiers municipaux, Clément Gillet greffier. Lan 1788. Les Roy et Gary mon fait. »

 

 

Un habitant du pays était parvenu à en posséder un morceau, et son fils avait pu retrouver la belle porte en cuivre du tabernacle, mais les Allemands lui enlevèrent ces précieuses reliques. Un officier allemand attristé de voir un si bel édifice en ruines, vint trouver Mr le Maire Mr Ernest Bouquant, et lui remit le document suivant écrit en français :

S’il rentre sain et sauf chez lui après cette guerre.

 

 

Le lieutenant Wilhelm Röll s’oblige de remettre à Mr le curé de Dontrien 500 francs (cinq cent francs) somme destinée à la reconstitution de l’Eglise de Dontrien.

 

 

Dontrien le 17 novembre 1914

 

Wilhelm Röll

Lieutenant des Hussards

 

Et il y joignit sa carte de visite.

 

 

Aussitôt la rentrée de Mr le curé en 1919 Mr Ernest Bouquant ayant conservé précieusement ce document vint le remettre à Mr le curé.

 

 

Jusqu’à ce jour nous n’avons encore reçu aucune nouvelle de ce lieutenant ; peut-être est-il mort durant la guerre, ou ne se souvient-il plus de la destruction de l’église de Dontrien et de sa promesse.

 

 

Dans le courant du mois de décembre 1919 une équipe d’ouvriers envoyée par les beaux-arts vint faire le déblaiement de l’église ; on a donc retrouvé les fondations de l’église ; une partie du maître hôtel. Quelques statues brisées du chemin de la croix (14ème station la mise au tombeau) ; des boiseries et les tuyaux en étain de l’orgue ; et enfin trois statues en pierre, lesquelles étaient classés avant la guerre ; ce sont :

 

 

 

- La vierge à l’oiseau

- St Laurent diacre

 

 

- Une petite statue d’une Mater Dolorosa

Ces statues mutilées sont mises en sûreté dans la baraque église, servant actuellement au culte.

 

 

Une partie des ornements sacerdotaux, les tentures des morts, les habits des enfants de chœur ont été retrouvés par Mr le curé au musée de Charleville.

 

 

Mais rien n’a été découvert des vases sacrés, des garnitures en cuivre, des autels, ni du beau reliquaire de St Laurent.

 

 

Les ornements et le reste dans un état lamentable, et maintenant hors d’usage. Quant au cimetière qui entourait l’église, la majeure partie des tombes ont été détruites, soit par la chute de l’édifice, soit par les obus. La belle pierre tombale du monument de Mr l’abbé de Joffrey et de ses parents a été mise en pièces.

 

 

Actuellement nous avons donc comme église provisoire une baraque aménagée à cet effet. Elle est maintenant un peu petite, car tout le monde est rentré au pays.

 

 

Denier du clergé

 

 

L’an dernier en 1919, bien que la population ne fut pas revenue entièrement, la quête du denier du culte avait produit à Dontrien, une somme de 155.5 pour 60 habitants.

 

 

Cette année en 1920, elle a produit … pour 160 habitants.

 

 

 

 

Le curé

 

 

Mr l’abbé Dézy fut bien surpris le mardi 1er septembre, en entrant dans le village de St Martin l’Heureux, pour y aller dire la messe, de voir que les habitants (à part quatre ou cinq) étaient partis. Un certain nombre d’émigrés des Ardennes l’attendaient à l’église pour se confesser ou communier avant de continuer leur pénible marche. Mr le curé était donc resté à son poste, jusqu’au jour où la population elle-même de Dontrien, entrainée par l’exemple des émigrants, se résignait à fuir devant l’envahisseur. N’ayant presque plus de paroissiens et étant lui-même mobilisable, Mr le Curé dut aussi quitter sa paroisse dans la nuit du 1er au 2 septembre en compagnie d’un prêtre des Ardennes, venu depuis quelques jours chez lui à Dontrien pour s’y réfugier.

 

 

La mère Mme Dézy âgée de 72 ans ne voulut pas quitter le presbytère, disant qu’elle ne voulait pas s’exposer à mourir sur les chemins ; elle resta donc avec deux voisins et dit à Mr le curé : j’aime mieux te voir partir et rejoindre les sections des infirmiers que de te voir fusiller ici sous mes yeux, car les Prussiens te rendront responsable de l’évacuation du pays.

 

 

En effet il parait qu’ils ont cherché bien longtemps après Mr le curé, aussitôt leur arrivée.

 

 

Nous partîmes donc mon confrère et moi, le mercredi 2 septembre à 1 heure du matin. Apres avoir traversé Chalons sur Marne, nous parvînmes à Arcis sur Aube à 7 heures du soir. Nous avions parcouru le chemin en bicyclette la nuit et toute la journée.

 

 

A Arcis sur Aube Mr l’Archiprêtre nous reçus bien volontiers et nous offrit une généreuse hospitalité.

 

 

Le 3 septembre, après avoir célébré la messe nous partîmes pour Troyes où nous arrivâmes à midi. Je me rendis alors dans le courant de l’après-midi au bureau de recrutement où je fus immédiatement mobilisé et envoyé sans délai rejoindre la 6ème section d’infirmiers au Mans. Je restai 1 mois au Mans, car aussitôt la bataille de la Marne, je fus dirigé sur Chalons sur Marne. J’arrivai à l’hôpital Corbineau le 4 octobre et le 18 j’étais affecté à l’hôpital militaire (Avenue Ste Menehould) où je devais rester toute la durée de la guerre. Là je fus d’abord affecté aux salles des typhoïdes pour donner les bains froids. Un prêtre et un missionnaire soldats moururent de la typhoïde durant mon séjour dans ces salles. Le 1er décembre 1914 je passais au service des contagieux, ayant comme médecin traitant, un excellent professeur de l’hôpital Beaujon de Paris Mr le Dr Félix Ramond, avec lequel j’eus l’occasion de faire d’excellentes études sur les différentes catégories de maladies contagieuses, lesquelles composaient notre pavillon : scarlatine, rougeole, angines diverses, diphtérie, dysenterie, oreillons, érysipèles méningite cérébrospinale.

 

 

Mr Ramond me donna le résumé des observations et des cas particuliers avec leurs complications que nous rencontrâmes là pendant la guerre. La guerre fut donc pour les médecins et chirurgiens un vaste champ d’études sur les cas les plus rares au cours des diverses maladies.

 

 

Le 15 décembre 1914 je passais infirmier de visite

 

 

Le 20 juillet 1915 infirmier major

 

 

Le 9 août 1916 Mr Ramond me fit avoir la médaille des épidémies.

 

 

Le 21 septembre 1916 je fus nommé caporal

 

 

Le 1er juillet 1917 sergent infirmier

 

 

Le 15 juillet 1917 j’étais placé comme chef de détachement des infirmiers, à la surveillance de l’établissement en collaboration avec Mr l’officier d’administration.

 

 

Le 8 octobre 1918, j’étais relevé de la section des infirmiers de Chalons, en raison de l’ancienneté de ma classe 1891, et comme trop près du front, du reste nous avions depuis le 14 juillet 1918, assisté à tous les bombardements de la ville de Châlons, et des hôpitaux, sans avoir jamais quitté notre hôpital de jour ou de nuit.

 

 

Avant de quitter cet hôpital où j’avais soigné les malades pendant quatre ans, je demandais un certificat de bonne conduite, car je me rappelais que mon certificat de bonne conduite que j’avais obtenu au régiment en 1894, m’avais rendu un grand service, lorsque la police de sûreté de Troyes, voulut me prendre pour espion, au moment où j’allais me rendre au bureau de recrutement en 1914.

 

 

Voici la teneur du certificat qui m’a été délivré et qui est inscrit dans mon livret militaire par Mr l’officier d’Administration de l’hôpital militaire.

 

 

Le sergent Dézy a été employé comme infirmier Major à l’hôpital militaire de Chalons, d’abord au service des contagieux, puis comme chef de détachement. Durant son séjour à l’hôpital militaire de Châlons du 13 octobre 1914 au 8 octobre 1918, date de son passage au 5ème génie, ce sergent a fait preuve des plus belles qualités morales , du plus absolu dévouement, et de la compétence la plus éclairée ; sujet très sérieux sur lequel on peut compter en toutes circonstances, a obtenu la médaille de bronze des épidémies et était proposé pour la médaille d’argent.

 

 

Chalons le 8 octobre 1918

L’officier d’Administration

 

 

 

Durant mon séjour à l’hôpital militaire, je fus chargé par Mr l’abbé Fidrit de Châlons, aumônier militaire des hôpitaux réunis, de veiller à ce que les malades reçussent les sacrements et fissent leurs Pâques.

 

 

Nous étions à trois prêtres dans la maison nous occupant de ce ministère. Nous disions donc notre messe chaque jour dans la chapelle de l’établissement et le dimanche, il y avait grand-messe et les vêpres auxquels assistaient les sœurs et les officiers et les malades en traitement.

 

 

J’arrivais donc à Versailles le 9 octobre 1918 au 5ème génie. Là je parus devant la commission des chemins de fer, laquelle m’envoya à la compagnie du PLM à la gare d’Auxerre, Côte d’or. Je fus donc placé comme employé à la petite vitesse pendant trois jours. Je passais ensuite à la grande vitesse où j’étais affecté aux colis postaux et valeurs déclarées, puis, enfin au télégraphe et au téléphone. Le 16 décembre 1918 arriva l’ordre de démobilisation de ma classe, je fus envoyé à ces effets à Bourges pour y être définitivement dégagé de toute obligation militaire ; ma classe étant rayé des contrôles.

 

 

Je revenais alors à Auxerre où Mr l’abbé Sardin curé doyen de cette ville me nomma aumônier de l’hôpital mixte, en attendant le jour où je pourrai revenir dans ma paroisse. Car le 4 janvier 1919 je recevais de son Eminence Mr le Cardinal Luçon la lettre suivante :

 

 

« Vous pouvez solliciter un poste à Dijon ; mais cependant, surveillez ce qui se passe à Dontrien, et si vous apprenez qu’il se reforme un noyau de population, je vous engage fortement à revenir parmi vos ouailles. De notre côté, si nous entendons dire que votre présence est réclamée ou utile nous vous aviserons ».

 

 

Je pris donc mon poste à l’hôpital d’Auxerre mais après les fêtes de Pâques 1919, m’ennuyant de n’avoir aucune nouvelle de ma paroisse je pris le parti d’y venir voir. Le 8 mai 1919 je trouvais trois ménages rentrés à Dontrien, et la presque totalité de la population de St Martin l’Heureux rentrée chez elle. Je pris donc la décision de revenir au plus tôt. Je retournais à Auxerre pour annoncer mon départ à Mr le doyen et prendre congé de Monseigneur l’évêque de Dijon, et je rentrai définitivement m’installer provisoirement à St Martin l’Heureux le 26 juin 1919. Enfin le 18 novembre de la même année, je pus m’installer complétement à Dontrien et dire la messe dans une baraque Adrian installée en chapelle provisoire. La première messe solennelle fut célébrée à Dontrien le jour de Noël 1919.

 

 

Les habitants et leur pasteur furent heureux de se retrouver ensemble après cinq années de séparation bien pénible, et de pouvoir se remettre de tout cœur à l’œuvre de la reconstitution morale et matérielle de la paroisse avec l’aide de Dieu.

 

 

 

 

 

Paroisse de Saint Martin l’Heureux

 

 

Sur bien des points de vue, l’histoire de la paroisse de Saint Martin l’Heureux est semblable à celle de Dontrien. Les habitants de ce village ont subi le même sort, tant au point de vue de l’occupation que de l’émigration et de l’évacuation.

 

 

La seule chose distinctive est l’église de St Martin l’Heureux demeurée intacte au milieu des bombardements ; à part deux ou trois trous d’obus dans les murs et la toiture.

 

 

La cloche avait été enlevée par les Allemands dès le début de la guerre au commencement de 1915. Cette cloche avait été classée avant la guerre par les Beaux-Arts comme datant de l’année 1734. Cependant nous lisons dans la notice de Monsieur Jadart : page 297 : « la cloche est sans intérêt » et on note même page : « actuellement la cloche est placée extérieurement sur le toit de l’église ; cette modeste cloche qui pèse, dit-on 250 Kilos, n’a ni inscription, ni millésime. »

 

 

Liste des soldtas morts pour la France

Arthur Debrielle

Paul Henrat

Raymond Adnet

Amédé Bazin

André Ponsinet

Pierre Gallois

Raymond Herrard

Charles Bouquant

 

 

 

 

Dontrien le 1er novembre 1920

Abbé L. Dézy

Curé de Dontrien

 
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