BETHENIVILLE

 

 

 

 

Avant 1914 (brièvement)

 

Projet4Des fouilles archéologiques menées par Jules Dupuis ( instituteur) dans les années 1930 ont révélé deux nécropoles gauloises, l’une à incinérations (Chemin de Fond-Thierry) et Fer à Cheval, ainsi que des vestiges d’habitat à Fond-Thierry.

Puis en 2002, l’Inrap a mis au jour à Mont de Merlan un enclos funéraire gaulois carré, contenant dans un angle plusieurs incinérations, au centre une tombe à incinération autour de laquelle se trouvent plusieurs trous de poteaux et 2 fosses.

A.Thénaut, instituteur a rédigé une monographie du village en 1870, dont s’inspirera le répertoire archéologique du canton de Beine (1897) établi par MM. Jadart, Givelet et Demaison.

Elle fut pendant le Moyen Age une chatellenie de l’archevêque de Reims (qui s’étendant sur les vallées de la Suippe et de l’Arne) qu’elle eut comme seigneur dominant jusqu’à la Révolution. Le chapitre de Reims percevait la dîme et nommait à la cure de la paroisse, qui était à la tête d’un doyenné de 25 cures. L’église (dédiée à Ste Marie Madeleine ), construite au XIIème ou début XIIIème siècle, de par ce « parrainage » était très importante, mais de gros frais d’entretien causèrent de nombreux litiges entre le chapitre de Reims et les habitants. On a dû remplacer la voûte et supprimer les bas-côtés au début du XIXème siècle.

. Il y avait une forteresse, proche de l’église et de la Suippe, construite aussi au XIIème siècle, par l’archevêque Henri de France, et elle sera détruite car ayant servi sous la Ligue à la fin du XVIème s. Ses débris furent vendus à la comtesse de St Souplet. Plusieurs grandes familles nobles eurent des fiefs octroyés par l’archevêque à Bétheniville ( de Richebourg, d’Escanavelle, de Cabaret, de St Quentin). Il y eut aussi des établissements des Templiers qui relevaient de la Commanderie de Merlan.

Pendant les guerres de religion, les habitants construisirent des remparts pour se protéger des calvinistes.

Beaucoup plus tard,l’Hospice Douillet (du nom de son fondateur, le Dr Douillet) fut inauguré en 1893, des sœurs y travaillaient à la bonne santé des habitants.

La localité, qualifiée d’«industrielle » compte 1456 habitants en 1900. Elle est située au confluent de la Suippe et de l’Arne.Projet1

 

1914-1918

 

--> Août-septembre 1914 (le texte suivant a été constitué d'après le récit de l'abbé Rosquen (curé de Bétheniville) en 1914 à son retour dans le village, ).

Lors de la mobilisation, la population fait son devoir calmement, les citoyens mobilisés partent. Puis on assiste au passage des migrants belges, ardennais, donnant le triste spectacle de gens partis trop rapidement, avec peu de ùoyens. Ils annoncent l'arrivée de l'armée ennemie, que devancent les soldats français en déroute, harassés.

Dans le village, le 2 septembre, ne restent que 40 habitants sur une population de 1500 personnes: ceux qui le pourvaient ont fui dès les derniers jours d'août. Ce même 2 septembre, les soldats français sont à peine arrivés à St Hilaire le Petit que les Allemands entrent à Bétheniville.

 

Toute la journée les Allemands défilèrent, le soir ils occupaient tous les bâtiments vacants; dans les maisons habitées, la plupart d'entre eux furent convenables, cherchant à rassurer les gens, demandant surtout à manger, car ils mouraient de faim ; les maisons inhabitées, furent pillées.

Les Allemands retrouvèrent bientôt à Reims et dans les environs bon nombre d’émigrants auxquels ils donnèrent des laissez-passer de retour : 500 personnes rentrèrent à Bétheniville les 5 et 6 septembre. Le passage des armées ennemies dura une huitaine de jours, et à ce moment se place un événement pénible. Chaque 14 juillet, dans la commune, la tradition voulait qu'on accroche un drapeau français au sommet du clocher, qui restait ensuite là-haut jusqu'à sa destruction naturelle. A l'arrivée de chaque nouveau régiment, son chef allait trouver M. Guillemin-Thiery, voisin de l'église, pour le sommer de leur ouvrir l'église, même sous peine de mort; "c'est un signal, il y a là-haut des soldats français", disaient-ils; comme il n'avait pas la clef, il ne pouvait que leur dire d'enfoncer la porte; ce qu'ils firent, sans trouver de soldats, et l'incident fut clos.

Pendant la bataille de la Marne, ce fut l'accalmie, mais le 12 septembre, ce fut le retour des Allemands en "masses furieuses" car reculant devant les Français, et ils restèrent jusqu'en octobre 1918; les habitants ne surent donc rien de la victoire de la Marne.

--> Vie des civils dans le village occupé

Ils connurent les actions "inhumaines", qui déshonorent les Allemands occupants:

- Ceux-ci confisquent les 250 quintaux de farine, réservés par la municipalité; confiants dans leur parole, les habitants battent une meule, mais à nouveau on leur prend tout, avec en échange environ 5 quintaux de mauvaise farine, même pour les animaux. On fut bientôt sans pain, il fallut aller chercher de la farine à Vouziers.

- Les occupants prirent toute la production des usines de filature et de tissage, et l'envoyèrent en Allemagne, brûlèrent ce qui ne leur convenait pas, détruisirent des machines et les métiers à tisser. Ils détruisirent aussi le mobilier des maisons abandonnées.

- Ils ont pris toutes les betteraves destinées à la distillerie pour l'Allemagne, toutes les pommes de terre ensuite partagées entre tous les habitants. Ils ont réquisitionné les chevaux, une partie des vaches, le lait des autre vaches devait leur être livré, une très petite partie étant réservée aux habitants.

Projet2- En mars 1915, le roi de Saxe est venu visiter ses troupes, et le village fut donc plus éclairé; ces lumières furent repérées par des aviateurs qui jetèrent plusieurs bombes sur le village. Plusieurs habitants dont des conseillers municipaux et m. Guillemin furent accusés d'avoir fait des signaux et ils furent emprisonnés à Vouziers, certains pendant 15 jours.

-- Mais le fait le plus honteux fut la violation de pratiquement toutes les sépultures des petits enfants de la commune. Les Allemands y mêlèrent les corps de leurs défunts aux ossements des petits Français. Nombre de couronnes funéraires furent détruites.

-- Autre fait très douloureux pour les habitants: la destruction à la mine de toute la partie du village situé sur la rive gauche de la Suippe: l'église gothique, 9 fermes, la brasserie de la Suippe, l'hospice, le patronage, une usine et environ 120 maisons particulières. De tout cela il ne reste pas un pan de mur, excepté à l’usine Poincenet (?). La mine a également détruit cinq ponts, et les riches villas de Me Fassin (?) et de Mr Reynaud. Le reste du village a été détruit par bombardement.

-- Les réquisitions: première contribution de 15000 francs imposée aux habitants, et réduite, grâce à M. Guillemin, à 7500 Fcs; 2ème contribution, de 10000 marcks en 1916 (M. Guillemin ne trouva que 2500 Fcs , le reste fut fourni par Mmes Henrat et Billaudel en valeurs qui ont été réalisées à la Bourse de Berlin); en juillet 1916, contribution de 1 million et demi pour tout le district dont Rethel était le chef-lieu, la part de B étant de 3800 Fcs pour 250 habitants qu’il y avait alors.

-- Vexations. Les "vexations immoralité" (sic, veut-il dire actes immoraux?) ont été rares, et certains malheurs ont été le "résultat surtout de fautes volontaires et non d’ennuis". Les vexations volontaires ont eu lieu fréquemment : chaque semaine, des perquisitions étaient faites dans les bâtiments pour rechercher de l’or, du grain, des outils, des étoffes, du cuivre. Un certain nombre de poules furent laissées à leurs propriétaires, mais à charge pour ceux-ci de fournir chaque semaine un nombre déterminé d’œufs ; à chaque œuf manquant, la commune était taxée d’un marck.

Les gens ne pouvaient avoir de relations avec les gens des autres communes, et maintes fois, des parents n’ont pu venir rendre les derniers honneurs à des parents morts dans les villages voisins. Même pour aller même au cimetière il fallait un laissez-passer de la commandantur ; il fallait partir à l’heure indiquée et revenir de même. Défense était faite aux habitants de se grouper dans la rue, de sortir de chez soi avant 6 heures du matin ou après 6 heures du soir, d’avoir de la lumière dans la chambre après 8 heures du soir.

-- Tous les documents officiels édités pendant cette période ont disparu.

-- Ravitaillement. De septembre 1914 au 1er janvier 1916, les Allemands s’opposèrent à l’arrivage de ravitaillement, sous prétexte que Bétheniville était trop près du front ; ils avaient d’ailleurs tout accaparé, la situation fut donc très difficile pendant 16 mois : de la farine fut amenées de Vouziers, boulangers et boulangères d’occasion se sont succédé, mais il y eut des jours sans pain. Bien des gens ont dû travailler pour l’ennemi afin d’obtenir en paiement une maigre ration de pain noir , de riz, de haricots, une légère quantité de café ou un petit morceau de viande et de lard. Une institutrice en retraite, Mme Baudat, était obligée de donner des leçons de français à des officiers et recevait sa nourriture en paiement. Quelques Allemands partagèrent leurs portions jusqu’à ce qu’eux-mêmes fussent pris de court. Ce ne fut qu’à partir du 1er janvier 1916 que le comité américain put ravitailler B tous les 15 jours, et pour ceux qui avaient des légumes dans leurs jardins, cela faisait assez de nourriture, ce qui ne fut pas toujours facile. Excepté trois ou quatre familles, tous les habitants payaient leur ravitaillement sans murmurer.

Au moment où le ravitaillement commença, pour faciliter les échanges commerciaux les communes émirent des bons et les mirent en circulation, ainsi que des pièces de monnaie de 5 et 10 centimes à l’effigie de la Belgique.

-- Déportation. Quatre habitants seulement furent déportés, à savoir M. Edmond Legros bien qu' il soit mourant , fut traité comme soldat, et qui est mort à Malmy (Ardennes) ; M. Mme Anthème Deloral ( ?) et Eugène Stubick (dont les livrets militaires furent tenus comme n’étant pas en ordre) ; M. Hautemer jeune homme qui n’avait pas encore été appelé sous les drapeaux. D'autre part, pendant environ six mois, 150 jeunes gens de 17 et 18 ans furent déportés de Roubaix et des Ardennes à Bétheniville pour travailler à la réfection des routes, mais ils étaient mal nourris ; l’un d’eux, M. Determe ( ?) de Givonne (Ardennes) est mort le 5 janvier 1916.

-- Moral de la population. En plus des carences dans leur alimentation, les habitants étaient privés des nouvelles de leur famille et de leur pays, ils ont été traités en esclaves par leurs ennemis, et blessés dans leur sentiment de Français.

Ils ont été effrayés plusieurs fois par les émissions de gaz contre lesquels il fallait appliquer aux fenêtres des draps mouillés; ils ont été épouvantés plusieurs fois par des bombardements, surtout ceux de nuit, par les avions; ils se souviennent notamment du 2 septembre 1914, où ils se sont terrés à la cave, de l’après-midi du 1er avril 1916 où tout le village fut bombardé . C’est en ce triste jour que furent tuées Mme Gorges Vallart, Elie Vallart, Mlle Yvonne Vallart qui étaient sorties trop tôt de leur abri, Mme Pérard qui était occupée à laver et mourut le lendemain, ainsi que le petit Ludet( ?) âgé de 7 à 8 ans. Malgré ces épreuves, la population eut toujours la foi en la victoire, l’espérance d’une prochaine délivrance ; on vivait en frères, on se secourait mutuellement ; la ressource de tous pour tout était M. Guillemin qui a su par son énergie doublée de sagesse sauver les gens de bien des misères.

-- Mobilisés du village. Le souvenir des mobilisés dont on était sans nouvelles a aidé beaucoup à la bonne confraternité ; de fait il y eut environ 300 mobilisés, dont 24 étaient mariés ; 51 d’entre eux sont morts (1 industriel, 5 cultivateurs, 25 environ employés dans les usines, les autres appartenant à diverses professions). Voici leurs noms: Adrien Agard, Nicolas Henri Ancia, Louis Narcisse Vallier Balardelle, Henri Balthazard, Théodule Balthazart, Marcel Berry et Murice Berry, son frère ; Eugène Boeglin, père de 4 enfants, Alexandre Bosserelle, Emile Alfred Bourquel et Eugène Emile Bourquel, son frère, Emile Cercelet, Edouard Cholet, Auguste Cloé, Henri David, Georges Delagloye, Gustave Dieudonné, Jean Donat ( ?), Raphaël Dartois, Henri Marie Nestor Dominici, Henri Drême, Jean Dupuit, Léon Fiquémont, Paul Etienne Godfrin, Honoré Hémart, Gaston Husson, Henri Langlois, Georges Edgard Leclère, Arsène Benoni Lefranc, Edouard Legros, Firmin Michel, Maurice Oudin, Clotaire Pessin , Marcel Pallonche, Hector Plaquette, Charles Pouillon et son frère, Charles Pontoise, Charles Fulgence Quentin, Albert Quentin, Gaston Rêve, Jules Salé, Gustave Santanbien, Henri Léon Simon, Fernand Tandart, Lucien Thoreins, Léandre Vallart, Albert Verdun, Alfred Wagnert.

-- La paroisse.

• Elle se retrouva sans curé à partir du 1er septembre 1914 jusqu’au 12 mars 1919, sans un seul paroissien du 17 avril 1917 au 12 mars 1919 ; le nombre de paroissiens fut étrangement variable pendant les autres 32 mois de guerre : 1500 au 1er août 1914, 50 environ au 2 septembre 1914, 500 environ du 12 septembre 1914 au 4 avril 1917, 400 environ du 4 août 1915 au 21 mars 1917, une centaine ayant été rapatriée le jour de Pâques 1915, 92 du 21 mars 1917 au 17 avril 1917, 300 environ ayant été évacués en Belgique et dans divers endroits des Ardennes. Comment la paroisse a-t-elle été administrée? Du 12 septembre à fin novembre 1914, le service religieux fut à peu près assuré par "l’abbé prince" Max de Saxe, frère du roi de Saxe : il célébrait la messe de paroisse le dimanche, offrait la parole de Dieu aux paroissiens,, secourait les malheureux, confessait, baptisait, visitait les malades et leur administrait les derniers sacrements, donnait la sépulture chrétienne aux morts, y ajoutant une pieuse allocution suivant la coutume allemande ; mais sa bonté reconnue par tous, le rendit suspect aux Allemands, qui l'éloignèrent.Projet3

• Après son départ, la messe du dimanche fut souvent célébrée jusqu’à la mi-octobre 1915 par le père Véry, jésuite, qui ayant pu passer à travers les lignes allemandes, avait échoué mourant de faim chez M. Guillemin, où il fut arrêté. Il fut assigné à résidence à St Hilaire, et venait offrir son ministère aux habitants de Bétheniville, civils et militaires. Les Allemands, en 1915, venaient nombreux à l’office, y priaient, mais ensuite allaient voler les gens ; les civils venaient nombreux, certains ne pratiquant pas avant la guerre s'ajoutaient.

• D’octobre 1915 à mars 1917, la messe du dimanche fut célébrée par des aumôniers allemands, les Pâques de 1916 furent fcélébrées par le doyen de Pontfaverger, M. l’abbé Satabin (?) qui exerça ensuite le ministère sous constante surveillance d'un militaire allemand: il confessa les fidèles, il donna aussi le baptême aux petits enfants, il célébra les enterrements avec le plus grand désintéressement ; mais il ne put jamais faire le catéchisme. Quand il ne pouvait venir, c’était M. Guillemin qui présidait les sépultures, il récitait le De profondis sur la tombe. Quand M. le doyen venait officier, il était escorté partout, même au cimetière, par un militaire.

• De mars 1917 au 12 mars 1919, la paroisse n'étant plus habitée par les civils, il n’y eut plus de service paroissial.

-- L’église

Quoiqu’on en ait dit, l’église n’a jamais été occupée par la troupe ; on a essayé d’y déposer des blessés, mais ils n’y sont restés que quelques jours, parce qu’on l’a trouvée trop froide et trop humide. Mais les bancs furent sortis pour être brûlés ; M. Guillemin, toujours dévoué les rentra chez lui. L’harmonium fut emporté, d’abord dans un casino, puis aux tranchées, et on ne l'a jamais retrouvé.

L'église a servi au culte protestant, parfois même avec force instruments de musique, et vifs discours de prédicants. Mais on n'a trouvé aucune trace de profanation.

Tout le mobilier en a été enlevé, et on n’en retrouve aucune trace dans les décombres. Où est-il ? Six tableaux du chemin de croix ont été retrouvés à l’usine Tomboise, l’antique statue de Ste Marie-Madeleine dans une petite chapelle allemande dans les bois de Fond-Thierry, à 3 km de B, la croix de procession en cuivre doré à Charleville, la statue de Ste ………(?) défigurée à St Masmes.

Tout le reste du mobilier, a disparu, rien n’en a été retrouvé, ni en France, ni en Belgique, ni en Allemagne. Cela correspond à un vol de dix mille francs au minimum et au prix de 1914, commis d’avril à septembre 1917.

Quant à l’édifice lui-même, il avait été touché une fois par un obus français, mais légèrement ; il fut miné par les Allemands, et il n'en reste pas un seul mur : l’église n’est qu’un énorme monceau de moellons et de pierre de taille, de bouts de colonnettes, de chapiteaux détériorés, le tout enchevêtré dans des poutres et des barres de fer. D’après les photographies prises par avion à divers intervalles, il paraît bien que ce crime fut commis en septembre ou octobre 1917.

A partir de cette époque, les paroissiens se réunirent tous les jours dans une casemate creusée sous le hangar de M. Louis Delagloye. Les clefs de l’église n’étaient données que pour les chemins de croix le vendredi et le dimanche.

Vers le 15 mars 1917, l’ordre d’évacuer fut donné à tous les habitants qui étaient environ 200 ; ils partirent le 23 mars, les uns pour Chappe et Dommely (Ardennes), les autres dans des villages des environs d’Attigny. Une trentaine put rester jusqu’au 16 avril, leur départ se fit en plein bombardement.

A Bétheniville sont tombés et ont été inhumés une cinquantaine de militaires français : à savoir 5 (ou 6 ?) le 1er septembre 1914, inhumés dans le cimetière paroissial, cinq pendant l’occupation allemande , inhumés avec les Allemands ; les autres dans les journées des 5-6-7-et 8 octobre 1918, inhumés par petits groupes dans les champs, ou dans un ravin situé à la sortie du village, en direction d’Hauviné, puis au lieu-dit le Mont des Anges. Sauf quelques-uns restés ou ramenés au cimetière paroissial, tous ont été inhumés et emmenés à Warmeriville.

-- Le curé .

Il avait 60 ans, il ne fut donc pas mobilisé, et il pensa que son service ne pouvait être que celui de la charité ; aux 1ers jours d’août 1914, il institua "l’œuvre du lait", se chargeant avec la coopération de Mme André Oudin, de payer le lait nécessaire à tous les enfants des familles pauvres de mobilisés : cette oeuvre cessa avec l’occupation allemande ;

Un petit hôpital avait été installé au presbytère : huit lits de fer complets avaient été montés, chaque lit avait paillasse, matelas, draps, couverture, oreillers, traversin, édredon ; à côté, une table garnie de quantité de linge, bandes, pansements.

Un plus grand hôpital avait été organisé à l’hospice par M. le maire. Tout était prêt, autant qu’il était possible, pour recevoir blessés et malades.

M. le curé avait passé toute la journée du 31 août 1914, jusqu’à minuit à donner les soins spirituels et corporels à plusieurs centaines de militaires malades ou blessés amenés des Ardennes à la gare en attendant un train pour l’intérieur de la France. Cinq militaires étaient morts sur le quai, dont un sans aucun état civil, sans aucune indication d’identité ; à minuit les corps étaient portés à l’église.

Une heure après minuit, dans la peur de l’invasion allemande, quatre familles sont venues supplier le curé de les conduire de l’autre côté de la Marne : à ce moment il ne restait à B que 40 à 50 personnes environ; voulant concilier le devoir de la charité avec celui de la résidence, il se résigna à conduire ces enfants, jeunes filles et dames en lieu sûr en pensant qu'il serait absent 48 heures, mais il en alla autrement. Il fut détourné de son objectif, et passa la guerre à Bouzy, dont le curé était mobilisé,. Il ne rentrerara définitivement qu'en mars 1919.

 

La reconstruction

Le 15 octobre 1918 l'abbé Rosquen avait pu, grâce au recul des Allemands, visiter sa paroisse : il n’y avait plus là ni un seul paroissien, ni une seule maison intacte, ni église, ni une seule rue où on pouvait circuler : les soldats Allemands déblayaient les rues.

Le 12 mars 1919, il y est revenu définitivement avec dix paroissiens, et ils se mirent tous à l’œuvre de la reconstruction de Bétheniville. La sainte messe fut dite pendant un mois dans la seule chambre logeable du pays, puis dans une baraque préfect(orable ?) pendant 5 mois ; enfin grâce à M. Louis Oudin, les offices furent célébrés dans une chapelle provisoire sur le terrain prêté par lui, construite aux frais de la municipalité; les objets du culte indispensables furent offerts par des particuliers; les cloches, les bancs, par de nombreux fidèles ; l'Oeuvre des églises dévastées, l’Action Sociale de Seine et Oise, lOeuvre des Tabernacles de Neuilly sur Seine, de la Lampe du Sanctuaire de Belley, et maintes autres personnes ont complété l'aménagement intérieur de l'édifice.

 

 

 

Résumé par Laurence MILLOT

 
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